biographie

Ma photo

J'ai d'abord exercé comme enseignant spécialisé auprès de jeunes sourds. J'ai ensuite exercé différentes missions d'encadrement dans des établissements et services du secteur médico-social. Parallèlement, j'ai été formateur dans différents organismes. J'ai publié de nombreux articles dans des revues professionnelles, et un ouvrage aux éditions l'Harmattan en 2004.
Je suis en retraite depuis l'été 2016, et ressource disponible (gracieuse) : conférences, formations dans les domaines de recherche suivants : (école inclusive, approches conceptuelles du handicap, surdité, etc...)
Je suis administrateur d'une association régionale de formation en travail social depuis 2016.
Je suis actuellement en cours de certification en tant que formateur sur le Processus de Production du Handicap (PPH) dans le cadre du Réseau International du PPH (RIPPH)


lundi 23 avril 2018

pourquoi n'inclut-on pas ?

Pourquoi n'inclut-on pas ?


Lorsque l’inclusion d’un enfant handicapé est difficile à mettre en œuvre, voire impossible ou refusée, la plupart du temps on invoque des raisons qui ont trait aux caractéristiques de l’élève en question : trop handicapé, ou tout simplement handicapé, trop en retard scolaire, pas assez le niveau requis, trop d’adaptations à faire, trop inapte au fonctionnement scolaire. Si tel élève ne peut pas être inclus dans l’établissement, dans la classe, même partiellement ou accompagné par un professionnel, c’est, argumente-t-on, parce qu’il y a un écart, parfois important, en capacités, en compétences, en acquis, en niveau, entre l’élève « handicapé » et l’élève « normal », c’est-à-dire souvent « moyen ».A ces raisons, se rajoute parfois l’argument que les enfants handicapés sont mieux entre eux, que c’est ainsi plus facile pour eux, et qu’il leur faut, quasiment 24/24 h, des spécialistes. Rarement, on évoque les raisons qui ont trait au fonctionnement de l’école, sauf en termes de moyens.

Juger de l’impossibilité de la scolarisation d’un jeune handicapé à l’école à l’aune de sa déficience ou de ses incapacités, c’est ignorer que les défaillances de l’école à scolariser de manière satisfaisante l’ensemble des élèves, à gérer les élèves en difficultés, sont les premières et véritables causes de l’exclusion de certains élèves de l’école. Deux raisons idéologiques convergent pour maintenir ainsi la responsabilité de l’impossibilité de l’inclusion sur l’élève lui-même, avec ses caractéristiques.

La première raison tient à l’histoire des « mentalités », au regard historiquement posé sur les personnes en situation de handicap. Celles-ci en effet n’étaient pas des personnes qui rencontraient des situations handicapantes, mais étaient avant tout des personnes déficientes, handicapées. Au titre de leur déficience, c’est-à-dire de leur non-intégrité au regard des personnes dites normales, elles étaient naturellement situées à la marge de la société. Si elles devaient appartenir à cette société, elles devaient d’abord tenter de rejoindre les normes de la société ordinaire. Pour cela, la réadaptation, la rééducation, l’éducation spécialisée, la vie en institution, ont été les moyens utilisés par la société pour tenter de remettre les personnes ayant des déficiences dans la société. Les personnes handicapées qui parvenaient à surmonter leur handicap, soit parce qu’elles avaient été bien rééduquées, soit parce qu’elles avaient pu faire les efforts nécessaires exigés (les handicapés étaient censés devoir en faire plus), pouvaient à ce moment-là prétendre à la participation sociale dans leurs environnements.

Aujourd’hui encore, cette approche idéologique a encore cours, sous des formes certes moins violentes : en témoignent par exemple la force de la rééducation, l’exclusion légitimée de certains élèves en raison de leurs caractéristiques personnelles liées à la déficience ou à leur trouble, ou encore toutes les ségrégations que l’on peut observer.

La deuxième raison est plus contemporaine : c’est l’idéologie qui veut que chacun doit être son propre manager, l’entrepreneur de lui-même. Dans ce contexte, s’il y en a qui n’y arrivent pas, c’est qu’ils n’ont pas les dispositions personnelles nécessaires, ou qu’ils ne font pas suffisamment d’efforts pour participer au monde qui bouge. Ils deviennent ainsi, « naturellement », dans une nouvelle idéologie existentielle, leurs propres fossoyeurs. A entendre les discours sur les SDF qui restent volontairement dans la rue, les chômeurs qui ne font pas d’efforts pour chercher du travail, les travailleurs mal insérés parce qu’ils ont peur de prendre des risques, on ne peut s’étonner de la discrimination tolérée à l’école pour des élèves qui ne parviennent pas à suivre le mouvement, à réussir, en raison de leurs propres caractéristiques. Les élèves handicapés font parfois partie de ces catégories ostracisées, et dans ces conditions, l’inclusion est difficilement conceptualisable.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire