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J'ai d'abord exercé comme enseignant spécialisé auprès de jeunes sourds. J'ai ensuite exercé différentes missions d'encadrement dans des établissements et services du secteur médico-social. Parallèlement, j'ai été formateur dans différents organismes. J'ai publié de nombreux articles dans des revues professionnelles, et un ouvrage aux éditions l'Harmattan en 2004.
Je suis en retraite depuis l'été 2016, et ressource disponible (gracieuse).
Je suis actuellement administrateur d'une association régionale de formation en travail social

lundi 16 janvier 2017

des élèves en surnombre

Des élèves en surnombre

Dans un collège, soient deux classes de 3ième, de 25 élèves chacun. Dans l’une de ces classes, sont scolarisés 5 élèves sourds. Ceux-ci sont accompagnés en accessibilité de langue des signes pour la quasi-totalité de leurs cours par des interfaces ou des enseignants spécialisés. Un jour il est organisé une sortie au cinéma pour les deux classes, pour voir un film sous-titré. Entre plusieurs films, le choix du film sous-titré avait été fait pour être accessible aux jeunes élèves sourds.

Un déplacement en car fut organisé pour se rendre à la salle de cinéma. Le car avait 45 places. Que croyez-vous qu’il arrivât ? Un courriel m’informe : « Le problème est que ces 5 élèves sont en surnombre par rapport à l’effectif prévu pour le transport en car. »


Pourquoi ceux-là, et pas par exemple les 5 plus petits, ou les 5 plus grands, ou les 5 plus blonds ? Cette remarque ne relevait d’aucune méchanceté ou mauvaise intention (dans d’autres situations et d’autres établissements scolaires, la volonté de discrimination était beaucoup plus manifeste). Au contraire même d’une certaine bonne intention : leur permettre quand même d’y aller, alors qu’ils n’avaient pas pu aller à d’autres séances pour des raisons d’absence de sous-titrage.

Mais le problème est un problème éthique et culturel. Ces élèves, scolarisés « normalement » dans une classe de collège, sont quand même « anormalement » des élèves, pour plusieurs raisons. Leur accompagnement (présence permanente d’aide humaine) contribue à leur donner à statut particulier (ce sont les seuls élèves qui ont un rapport indirect et médiatisé avec leurs enseingants), davantage même que leur caractéristique physique de déficience. Les professionnels de l’éducation nationale n’ont eu à accueillir des tels élèves dans leurs classes que récemment au regard des habitudes professionnelles, et ces élèves n’ont pas encore acquis totalement la légitimité d’être dans leur classe.

Ce sont des élèves certes, mais des élèves spéciaux, dans la classe mais quand même un peu sur le seuil. Et « naturellement », dans ce genre de situation, c’est plutôt à eux qu’on pense qu’aux plus blonds ! Il s’agit d’une discrimination complètement involontaire, mais d’une discrimination quand même.


PS : finalement, ils sont quand même allés à la séance, et en car. Il a suffi que j’intervienne pour faire ces remarques pour que le professionnel du collège se rende compte que le choix éthique qu’il avait fait posait problème. Cheminer vers une école inclusive n’est pas toujours affaire de moyens, mais parfois de posture éthique.

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