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J'ai d'abord exercé comme enseignant spécialisé auprès de jeunes sourds. J'ai ensuite exercé différentes missions d'encadrement dans des établissements et services du secteur médico-social. Parallèlement, j'ai été formateur dans différents organismes. J'ai publié de nombreux articles dans des revues professionnelles, et un ouvrage aux éditions l'Harmattan en 2004.
Je suis en retraite depuis l'été 2016, et ressource disponible (gracieuse).
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vendredi 16 décembre 2016

y a-t-il plus de différences entre deux sourds...

Y a-t-il plus de différences entre deux sourds qu'entre deux entendants ?

On pourrait le croire, à observer un certain nombre de postures, attitudes, pratiques et organisations professionnelles. L’argument le plus commun pour défendre les petits nombres d’élèves dans les dispositifs de scolarisation spécifiques pour élèves en situation de handicap (ULIS ou unités d’enseignement) fait appel à l’idée des différences individuelles entre les enfants.


La justification de petits nombres dans les dispositifs d’élèves en situation de handicap tenait, dans les représentations communes, à la lourdeur de la tâche enseignante pour répondre à l’hétérogénéité des élèves : les CLIS, puis ULIS, voyaient leur nombre limité à 12 ou 10, dans les classes des établissements spécialisés, certaines classes pouvaient être en dessous de 5 (cela n’était pas rare dans les établissements pour élèves sourds). Au-delà, l’acte pédagogique était réputé impossible. Dans un dispositif avec des élèves ayant une déficience intellectuelle, ou des élèves sourds, il y a bien sûr des différences individuelles d’« intelligence », de langage, de rythme d’apprentissage, de modalités d’apprentissage, etc. Mais dans une classe ordinaire aussi, il y a tout autant de différences individuelles d’« intelligence », de langage, de rythme d’apprentissage, de modalités d’apprentissage, etc. Et sur ce strict plan comparatif, il n’y aurait pas lieu d’avoir des classes moins nombreuses d’élèves en situation de handicap.

Car cette obligation du petit nombre repose en définitive sur une attribution de statut différent aux élèves en situation de handicap et aux élèves qui ne sont pas en situation de handicap. Et mettre ainsi en avant l’hétérogénéité d’un groupe d’enfants suppose en filigrane l’idée que les élèves ordinaires ne présentent pas cette hétérogénéité. Revendiquer la réponse organisationnelle de petits groupes pour les élèves en situation de handicap est l’équivalent d’une revendication de faire des classes de garçons avec un plus petit nombre que les classes de fille, sous le prétexte que les premiers seraient moins attentifs dans la durée.

Cette représentation d’attributs différents selon qu’il s’agit d’élèves en situation de handicap ou non a des effets obstacles à l’égalité de la scolarisation. Ainsi il était question de scolariser dans une classe de collège, en « inclusion », un groupe de 7 élèves sourds, accompagnés lors de cette inclusion d’enseignants spécialisés ou d’interfaces scolaires (langue des signes). Les enseignants spécialisés et les enseignants du collège refusèrent ce projet sous le prétexte de l’hétérogénéité des profils, comme si le reste de la classe n’était pas hétérogène. Par ailleurs, le petit groupe, avec la modalité de préceptorat qui se met en place dans ces petits groupes a pour conséquences la création d’obstacles en termes d’autonomie dans les apprentissages et le travail, d’indépendance relationnelle et affective, de socialisation, etc. En deçà d’un certain seuil, on pense faire mieux avec moins d’élèves, alors que parfois on fait pire !


Certes, pour certaines situations (je pense à celle des élèves autistes), le petit nombre est un critère absolu dans la gestion de la classe. Mais on ne peut généraliser cette règle à l’ensemble des classes d’élèves en situation de handicap, et l’argumentation est parfois sans fondements.

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